Mains basses sur le delta du Niger

Publié le par AECAL

De: phil lavo <phillavo@yahoo.fr>
Objet: Fw : A diffuser: Mains basses sur le delta du Niger
À: "mick johnson" <elohim_tg@yahoo.fr>
Date: Jeudi 18 Décembre 2008, 12h05




--- En date de : Mer 17.12.08, Rebecca Tickle <rebecca..tickle@yahoo.com> a écrit :

> De: Rebecca Tickle <
rebecca.tickle@yahoo.com>
> Objet: A diffuser: Mains basses sur le delta du Niger
> À: "Rebecca Tickle" <
rebecca.tickle@yahoo.com>
> Date: Mercredi 17 Décembre 2008, 21h58
> Mains basses sur le delta du Niger
> 17 décembre 2008
> Juliette Abandokwe
>  
>  
> L’Afrique, dévastée par les conflits et les dictatures
> provoqués par une expansion capitaliste sauvagement et
> systématiquement destructrices des peuples et ses
> sociétés, est pour les uns une mondialisation bénéfique,
> mais la vision africaine n’est qu’une sinistre
> escroquerie. Le système économique mondial, imposé par
> une société néolibérale en pleine dissolution sociale,
> sprayé sur toute la planète au détriment de la plus
> grande partie de l’humanité, et légitimé par une
> production effrénée d’expertises et de rapports
> rutilants, étale toute son horreur funeste sur le continent
> africain où il se mesure en termes de vie et de mort.
>  
> Le Kivu à feu et à sang, ses presque 6 millions de morts,
> ses viols systématiques de femmes et ses enfants-soldat,
> sont un exemple hurlant de désespoir d’une société
> détruite à la racine. Les prédateurs ont le sang aux yeux
> et sur les mains, ils sont comme des chiens enragés, et ne
> voient plus rien. Tout le monde sait, mais plus personne ne
> veut ou de peut plus rien. Les soldats des FARDC,
> délaissés sur les routes de l’est du Congo par un
> commandement central liquéfié et inexistant, drogués et
> hilares, seront parmi les seules images que l’opinion
> publique occidentale gardera en mémoire de la guerre au
> Congo. Les  images de masses de populations dans le
> dénuement le plus total sont devenues trop habituelles
> déjà, et ne sont plus si spectaculaires. Autant d’images
> qui ne correspondent à rien dans un esprit occidental petit
> et cantonné dans son confort médiatique soigneusement
> entretenu par des chefs qui savent parfaitement ce
>  qu’ils font. La prédation globale bat sont plein dans
> le silence le plus assourdissant.
>  
> L’unité africaine faisant encore très gravement
> défaut, certains conflits débordant les frontières de la
> pure Françafrique ne sont que rarement abordés dans nos
> médias angéliques, à l’image du désastre frappant au
> Nigeria le peuple Ogoni – environ 500 000 âmes - dans le
> delta du Niger, depuis plus de quatre décennies.
>  
> L’écrivain très engagé Ken Saro-Wiwa, s’adressait en
> 1992 à Genève, à l’Organisation des Peuples et Nations
> Non Représentés, en ces termes :
>  
> "L’exploration pétrolière a transformé le pays
> ogoni en immense terrain vague. Les terres, les rivières et
> les ruisseaux sont en permanence entièrement pollués ;
> l’atmosphère est empoisonnée, chargée de vapeurs
> d’hydrocarbures, de méthane, d’oxydes de carbone et de
> suies rejetés par les torchères qui, depuis trente-trois
> ans, brûlent des gaz vingt-quatre heures sur vingt-quatre
> tout près des zones d’habitation.. Le territoire ogoni a
> été dévasté par des pluies acides et des épanchements
> ou des jaillissements d’hydrocarbures. Le réseau
> d’oléoducs à haute pression qui quadrille les terres
> cultivées et les villages ogoni constitue une dangereuse
> menace."
>  
> Le pétrole a déjà été au centre de la guerre du
> Biafra, qui a fait un million de morts entre 1970 et 1976,
> les victimes étant principalement originaires des régions
> pétrolifères du delta. Malgré l’avancée de
> l’Histoire et une démocratisation relative depuis
> l’avènement d’Obansanjo, rien n’a changé pour le
> peuple Ogoni aujourd’hui, et selon un rapport de Minority
> Rights International, il est l'une des minorités
> africaines dont on ne respecte pas les droits fondamentaux,
> malgré une des exploitations les plus frénétiques et les
> plus destructrices d’Afrique sub-saharienne.
>  
> Les compagnies pétrolières continuent leurs abus sous le
> couvert du gouvernement fédéral nigérian. En avril 2005,
> une des communautés Ogoni, appelée Agip Waterfront, a
> été simplement détruite afin de faciliter l'expansion
> de la compagnie NAOC (Nigerian Agip Oil Company).
> L’environnement est complètement dévasté par les
> centaines de déversements de pétrole brut dans les eaux du
> delta. Il n’y plus de poissons, les racines des mangroves
> sont imbibées de pétrole, l’environnement est détruit.
>  
> La première découverte de pétrole dans cette région
> date de 1958. La destruction de l'environnement causée
> par l'extraction du pétrole en terre Ogoni, ainsi
> qu'un manque de partage des richesses du pétrole sont
> à l’origine d’une relative opposition du peuple
> autochtone lors des premières extractions de pétrole. La
> négligence du gouvernement fédéral, le manque de services
> sociaux et la marginalisation politique dont souffre cette
> communauté ont été incontestables. À l'échelle
> internationale, les premiers boycotts de Shell dûs aux abus
> commis au Nigéria remontent aux années 1960, mais dans
> l’ensemble, la mobilisation internationale a été
> pratiquement nulle dans ce drame silencieux.
>  
> Face aux abus de la compagnie pétrolière Royal Dutch
> Shell notamment, et du gouvernement nigérian, le Mouvement
> pour la Survie du Peuple Ogoni (MOSOP), un mouvement social
> dirigé par le charismatique Ken Saro-Wiwa, réclame au
> gouvernement fédéral dès 1990, une certaine autonomie,
> une urgente protection contre les dégradations
> environnementales, une part honnête des revenus produits
> par l'extraction des ressources situées sur leurs
> terres ainsi que des droits culturels, comme
> l'utilisation de leur propre langue. Mouvement
> non-violent, il fait rapidement face aux persécutions
> militaires interdisant d’abord les rassemblements
> populaires, et finalement réprimant violemment toute
> tentative de protestation, où notamment, des dizaines de
> villages Ogoni sont détruits. De 1994 à 1995, les leaders
> principaux du mouvement sont assassinés, Ken Saro-Wiwa,
> plusieurs fois emprisonné sans jugement, est finalement
> exécuté, malgré les alertes de
>  l’opinion internationale.
>  
> En 1999, Amnesty International et le Conseil Œcuménique
> des Eglises sont de ceux qui s’alarment de la situation de
> plus en plus précaire du peuple Ogoni et de son habitat.
> Mais la radicalisation des mouvements de protestation
> deviendra inéluctable devant l’immobilisme morbide de la
> communauté internationale, alliée naturelle et implicite
> des compagnies pétrolières ainsi que du gouvernement
> nigérian.
>  
> Dans les années 2000, le MOSOP perd de son importance,
> mais face à une situation socio-économique des peuples
> locaux complètement désespérée, d'autres groupes
> plus radicaux comme le MEND – Mouvement d’Emancipation
> du Delta du Niger -, prennent les devants de la lutte contre
> les compagnies pétrolières et le gouvernement fédéral..
>  
> Aujourd’hui le MEND est complètement diabolisé dans les
> médias occidentaux, et le côté gangster du mouvement est
> largement exploité dans l’opinion publique occidentale.
> Les gouvernements prédateurs se plaignent et se révoltent
> contre les enlèvements de travailleurs expatriés, et
> peignent en noir sur la muraille la para-militarisation du
> MEND. Une fois de plus, c’est le pyromane qui ameute les
> pompiers. Et le feu est déjà si étendu qu’il est bien
> difficile à éteindre.
>  
> Le véritable esprit du MEND est bel et bien infiltré par
> des gangsters locaux devenus millionnaires, offrant une
> bonne excuse pour dissimuler aux yeux de l’opinion
> publique les vraies souffrances des peuples indigènes du
> delta du Niger. CNN filme des rebelles du MEND masqués et
> s’amusant à tirer dans l’eau avec leur mitraillette.
> Mais là n’est pas l’essence des choses. Il s’agit
> d’une pure propagande pro-compagnies pétrolières! 
>  
> L’existence du MEND devrait tout d’abord inspirer un
> questionnement sur le rôle joué par les compagnies
> pétrolières dans la vie quotidienne des peuples
> indigènes, en terme d’accès à une vie décente, avec de
> l’eau potable et de la nourriture mangeable, en terme
> d’environnement adéquat, et en terme de développement
> socio-économique humain. Pour le moment, un tel
> questionnement ne se solderait que par un bilan
> profondément négatif. Mais qui donc connaît même
> l’existence du peuple Ogoni ! Et qui peut bien se soucier
> de leur droit à une existence décente…
>  
> Les méthodes non-violentes du MOSOP n’ayant pas trouvé
> grâce aux yeux de la communauté néocoloniale et des
> vautours du gouvernement, et n’ayant rencontré que
> persécutions et exactions militaires, on ne peut que
> conclure que la guerre engendre la guerre. La malgouvernance
> centrale et la corruption massive généralisée au sein de
> la classe dirigeante, appuyées et soutenues par les
> puissances occidentales, sont donc clairement à l’origine
> de cette rebellion montrée du doigt si démagogiquement!
>  
> Entre populations paupérisées à l’extrême, gangs et
> gouvernements maffieux, et compagnies transnationales
> abonnées aux milliards de billions, nous nous retrouvons
> toujours dans le même schéma. Un manque général et total
> d’éthique humaine à tous les niveaux. La notion de droit
> de l’homme devient d’ailleurs de plus en plus ridicule,
> puisque notion définie par une société occidentale très
> arrogante, et se plaçant surtout au-dessus de tout
> soupçon.
>  
> A quand donc la culture d’une nouvelle éthique
> socio-politique, tendant vers une intégrité même
> relative, et surtout vers un sens de la responsabilité
> civile accru, conscient des véritables enjeux du continent
> africain à long terme ?
>  
> Et à quand une nouvelle formulation des droits de
> l’homme, où la responsabilité des multinationales serait
> questionnée avec précision, et où la notion d’impunité
> serait définie comme un crime contre l’humanité, ainsi
> que l’ennemi public no 1 ?
>
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